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Rencontre avec notre prochain serial-auteur :la lauréate du Prix du Polar 2016

 L’Occident est peut-être un tas de merde, se dit-il, mais il connait la fleur. Le tiers-monde, lui, la cherche encore.  

Ce sont des phrases comme celle-ci qui ont attiré mon attention lorsqu’en tant que membre du Jury du Prix du Polar, j’ai ouvert « Goodbye Gandhi ». Au fil des pages, j’ai embarqué pour une destination inconnue, me laissant entrainer avec un plaisir non dissimulé dans un polar aussi original que profond.

Sans concessions ni noirceur excessive « Goodbye Gandhi » est un roman subtil, intelligent et prenant. Grâce à une écriture extrêmement juste, son auteur nous oblige à lire entre les lignes, à aller au delà de l’enquête qui en tisse la trame pour plonger dans un décor où la noirceur se mêle aux couleurs de l’Inde, où la fiction sert de témoin à une réalité souvent dissimulée par les images que nous servent les médias…

Ladies and gentlemen, à moins d’une semaine de la remise du prix du polar 2016 sur le salon du Livre de Paris, je suis ravie de vous présenter notre prochaine serial-auteur et Lauréate du prix du polar 2016 : Mélanie Talcott, une femme  de tête et d’humour qui sait manier la plume et l’auto-dérision avec le même talent !

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Bonjour Mélanie et encore bravo pour ce roman ! Peux-tu nous dire comment tu as accueilli la nouvelle de ce prix ?

Mélanie Talcott : Avec appréhension dans un premier temps. Je ne m’y attendais pas. D’une part, pour être tout à fait sincère, j’avais même zappé le fait d’avoir envoyé, il y a quelques mois, Goodbye Gandhi participer à ce prix ! D’autre part, je ne fais pratiquement aucune promotion – je n’ai aucun talent en cette matière et ça me rase par anticipation – tant je suis convaincue qu’une fois écrit et lâché dans la nature, un livre a une vie indépendante de son auteur. Ça se passe entre le lecteur et le bouquin. J’aime bien cette idée là. Dans un second temps, je dirais que j’ai été fière pour Goodbye Gandhi, beaucoup plus que pour moi-même. Parce que ses personnages sont avant tout des êtres de chair et de sang à qui généralement, on ne donne pas la parole. Parce que les membres du jury du prix du polar 2016, que je remercie de tout cœur, les ont écoutés et entendus dans leur lecture. Je trouve ça chouette. Mais bon, en ce moment même où je réponds à tes questions, l’appréhension est toujours là. Une vieille timidité sans doute !

Je sais que tu n’aimes pas trop l’exercice mais, qui se cache derrière cette femme aux papillotes ? 🙂 En deux mots, peux-tu nous parler de ton parcours d’auteur et de blogueuse ?

MT : Pour suivre un parcours, il faut avoir un point de départ et au moins une petite idée de l’arrivée. Je n’ai jamais été carriériste. L’Ombre du Regard est né quelques temps après l’Inde, (en 2010 il me semble), où j’ai décidé de me consacrer entièrement à l’écriture, sans me préoccuper où cela me mènerait. Agir sur un coup de tête est un excellent moteur de vie dans mon clan ! Depuis toute môme, j’aime lire et écrire, entre beaucoup d’autres choses et je le fais au feeling. Je ne suis pas de ces « écrivains » torturés qui dès qu’ils n’écrivent pas une ligne, tombent en dépression ou se disent que leur vie est foutue, qui considèrent que la reconnaissance est la finalité de cet art et que sans elle, autant jeter plume, papier et besogne dans les poubelles des refusés ! Je m’astreins à une certaine discipline mais indisciplinée par nature, ce n’est pas gagné ! Tout dépend donc de mon humeur, des circonstances et de mes priorités. Henry Miller disait que pour gagner du temps, il fallait savoir en perdre beaucoup. Fascinant exercice qu’Hugo Pratt appelait l’art d’être inutile, et par conséquent disponible.

Juste un mot sur les chroniques de livres : quand je commence à lire un bouquin, qu’il me plaise ou non, je le lis jusqu’au bout et si je décide de parler d’un auteur en particulier, je lis tous les ouvrages qui ont été publiés en français (en ce moment, c’est un auteur chinois). Une fois l’article rédigé, je le publie sur mon blog A l’Ombre du Regard ou sur Médiapart ou La Cause littéraire. Je participe également à un journal en ligne, Pluton Magazine, une belle aventure dans laquelle j’ai plume libre en littérature ou sur des sujets complètement différents.

Ton polar, qui se déroule en Inde, m’est apparu comme étant à la fois un constat intransigeant et un hommage à la culture de ce pays et à ses habitants. Est-ce ainsi que tu as vécu son écriture ? 

MT : L’Inde était là. J’y ai vécu cinq ans. Ecrire sur ce pays paradoxal fut un plongeon à rebours. Certains des mômes ou des personnages dont j’ai changé les noms, avaient pour moi un visage et une parole. Tout ce qui y est dit, correspond à ce que j’y ai vécu ou vu. Le continent indien n’a rien à voir – pour moi – avec la tarte à la crème que l’on nous sert depuis des lustres, entre nirvana, l’image de Gandhi et de Mère Teresa où la sagesse indienne, engendrée par l’acceptation placide du karma (puissant outil d’asservissement), serait vécue et ressentie par le peuple indien comme une malédiction nationale et culturelle. Il y a dans ce pays des Indiens, des anonymes dont on ne parle jamais leur préférant les associations humanitaires occidentales qui font des choses fantastiques pour les leurs. Ce qui est fascinant en Inde, c’est que tout est mis sur la table, le meilleur comme le pire, sans l’empaquetage de toute notre morale judéo-chrétienne et son manichéisme qui se résout à une équation entre le bien et mal. Libre à chacun de prendre ou de laisser dans cet incroyable self-service où le chaos est une apparence, ce qui lui convient ou non. Après, tout est question d’assumer ses choix.

Dans ton prologue, tu dis « Raconter un pays, c’est s’arrêter aux êtres anonymes qui en tissent la trame, le font, le portent et le supportent ». Pourquoi avoir choisi le genre Polar pour raconter ce Pays ?

MT : Pour moi, le polar permet une grande liberté de langage et de situations. Il permet également de tordre le cou à la réalité. C’est un exercice de rédemption, ainsi pour ces gamins qui font une chose que l’on peut trouver ou non condamnable, mais qui en tout cas est tout à fait plausible en Inde. C’est aussi la possibilité d’évacuer sainement parfois des fantasmes en les théâtralisant dans l’écriture. Par exemple, la femme qui dirige l’association humanitaire est, elle aussi, bien réelle. Dans la fiction, elle meurt.

La serial-lecture de « Goodbye Gandhi » débutera le 1ier avril. Peux-tu nous en faire un petit pitch, histoire de faire saliver nos serial-lecteurs en attendant le grand jour ?

MT :
Pour en revenir à l’importance des lecteurs dans la vie d’un livre, voici ce qu’une lectrice et un lecteur ont laissé en commentaire sur un site de vente. Rien de mieux que leur enthousiasme, non ?
« Goodbye Gandhi est un voyage, de ceux qui prennent aux tripes, au cœur d’une autre Inde, celle qui affole les sens… dans tous les sens. Un voyage vers l’envers du décor de « la plus grande démocratie du monde », l’envers des âmes, l’envers du colonialisme. L’intrigue policière sert de prétexte à une plongée vers la richesse et la démesure de ce pays si paradoxal. Une tare de l’âme des hommes, universelle d’ignominie, en est le socle. On y croise Bollywood, l’humanitaire, un vieux Pape, les effets pervers du tsunami de 2004, Monsieur Loyal, et les démons de protagonistes hauts en couleurs. L’Inde, si riche-soit-elle, l’est moins que le vocabulaire utilisé par Mélanie Talcott pour nous la décrire. Pour notre bonheur, elle se contredit lorsqu’elle résume ainsi tous ces contrastes, placés dans la bouche d’une femme qui finira par en mourir : »L’Inde ? On y reste un mois, on écrit un bouquin. Un an, on n’écrit plus que quelques articles. Au-delà, on n’écrit plus rien. On s’y noie. » Chaque livre est un voyage. Merci à ceux qui nous emmènent plus loin que les autres ! »

Merci beaucoup Mélanie !

Alors amis lecteurs, si cette Interview vous a donné envie d’en lire plus, on compte sur vous pour relayer cet article,  en parler et pour vous inscrire ici en tant que serial-lecteur ! (si bien sûr vous ne l’êtes pas déjà ) . Le premier épisode de la serial lecture sera publié le 1ier avril 2016 .

Et si vous êtes à Paris , la dédicace de Mélanie Talcott aura lieu le 19 Mars  lors du Salon du Livre de Paris à partir de 13H00 sur le stand C65 de TheBookEdition

article publié le 13 Mars 2016

propos recueillis par Laure Lapegue

 

 

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