Immersion dans l’Académie d’écriture d’Anaël Verdier

Lorsqu’ Anaël Verdier m’a proposé de m’ouvrir les portes de son Académie pour y partager mon expérience avec son groupe, j’ai tout de suite accepté. Bien sûr, j’avais à cœur de parler de ce que Booknseries peut apporter aux auteurs indépendants, mais j’avais aussi très envie d’entendre les motivations et les ressentis de ces personnes qui, une fois par mois et depuis deux ans, abandonnent tout pour se consacrer pendant 48H00 à leur passion .

Ils étaient sept.   Sept personnalités aussi différentes que sympathiques, qui avaient décidé en leur âme et conscience de venir se frotter à un professeur dynamique, passionné et exigeant.  Or, dès le premier tour de table, il m’est apparu que, si l’apprentissage des techniques de l’écriture avait été la première motivation de chacun,  l’expérience vécue à l’académie les avait tous amenés bien au delà, faisant naître en eux des envies nouvelles : envie de partager, envie d’écrire de nouvelles choses, envie d’être lu, envie de se promouvoir.

Je me suis alors dit  qu’une petite explication du maitre des lieux s’imposait …

Anael-VerdierBonjour Anaël. Peux tu nous dire quelle est la philosophie de l’atelier, tel que tu l’as conçu ? 

Anaël Verdier : Ecrire s’apprend en écrivant, mais pas n’importe comment. Il ne suffit pas de multiplier les textes pour être un meilleur auteur. Pas plus que de se remplir le crâne de théorie. L’un ne va pas sans l’autre. C’est ce que j’ai voulu mettre en place dans tous mes ateliers et plus qu’ailleurs dans l’Académie.

On a tendance à penser que l’écriture est un acte spontané. En quoi l’étape de l’apprentissage est –elle, selon toi, indispensable ?

AV : Depuis Aristote, on sait qu’il y a des universaux qui sous-tendent la fiction. Et depuis les années 80, les narratologues, dramatologues, et autres script doctors ont fleuri à Hollywood avant d’essaimer dans le reste du monde. Demander en quoi l’apprentissage de l’écriture est indispensable, c’est demander pourquoi un musicien doit faire ses gammes et apprendre le solfège. Sûr, on peut se livrer à ces activités sans passer par un apprentissage mais le savoir-faire maîtrisé qui naît du passage par une école donne une telle avance aux auteurs qui les ont vécus que la partie ne se joue pas à armes égales.
Vous pouvez improviser des morceaux “à l’oreille” sur votre piano ou votre guitare, comme vous pouvez écrire “à l’instinct”, et c’est parfait tant que vous n’écrivez que pour vous mais dès que vous voulez devenir un peu plus sérieux, il est nécessaire d’apprendre… Oh, ai-je précisé que “devenir sérieux” avec son écriture commence pour moi le jour où vous cherchez votre premier lecteur?

Mais pour être complètement franc, je n’ai pas toujours tenu ce discours. J’ai longtemps écrit “à l’instinct”. Puis j’ai lu Robert McKee, Jean-Marie Roth, Christian Biegalski (le pionnier de l’enseignement de l’écriture créative en France), Linda Seger et les autres, et je suis entré au Conservatoire Européen d’Ecriture Audiovisuelle et tout a changé. Il y a un aspect presque initiatique dans l’apprentissage de l’écriture qui rend l’expérience difficile à décrire. Demander ce qu’il y a d’indispensable dans son apprentissage c’est comme demander ce qu’il y a d’indispensable dans l’apprentissage du langage. Il y a un avant et un après.

Quel est le principal bénéfice du travail en groupe ?

AV : Le regard des autres. Et le regard sur les autres. La plus grande difficulté des auteurs c’est de ne pas être capables de juger de la qualité de ce qu’ils écrivent. Les outils et les techniques sont de bons filtres mais ils sont inutiles si l’auteur n’est pas capable de prendre du recul sur ses textes. Les autres ont ce regard. Ils apprennent à accepter sa légitimité (on a le droit de juger un texte) et à utiliser leurs outils pour le formuler de manière utile pour l’auteur.

En travaillant de cette manière sur le texte des autres (“qu’est-ce que je ressens à propos de ce texte? D’où viennent ces sensations? Comment puis-je les exprimer de manière articulée à l’auteur pour l’aider à améliorer son texte?”), l’auteur construit peu à peu, sans s’en rendre compte, une meilleure capacité à percevoir de manière utile les défauts et les qualités de son texte.

Peux tu nous décrire les principales étapes de la formation ?

AV : Écrire, ne pas comprendre pourquoi ça ne marche pas, réécrire, mettre la technique en question (souvent en se disant “je suis différent”), réécrire, comprendre que ça ne marche toujours pas, réécrire encore, savoir qu’on va réaliser que ça ne marche pas, réécrire, en avoir marre, abandonner, se dire que c’est trop bête, réécrire, réaliser que le problème qu’on aborde superficiellement depuis le début est en fait un pb de fond, affronter le problème, réaliser que le texte ne sera jamais parfait mais qu’il dit ce qu’il doit dire. L’accepter.

Oh! Tu me demandais les étapes externes… oups, j’ai résumé le parcours transformationnel interne!
Les étapes passent par l’écriture bien sûr : l’écriture d’un manuel pratique (tout le monde déteste), d’un recueil de 6 nouvelles, de 2 synopsis de romans, d’ 1 roman, d’un réceuil de 4 nouvelles et d’une série.
Autour de l’écriture se greffe ensuite la théorie : Construction d’une intrigue, caractérisation de personnages, techniques de l’écriture de séries , mais aussi le marketing d’auteur et les techniques d’édition .

Concrètement, c’est beaucoup de travail , mais les auteurs sont accompagnés, épaulés quand ils rencontrent des difficultés, leurs difficultés. Cette expérience leur permet d’apprivoiser ce qu’il y a de singulier dans leur écriture, à la fois dans son contenu et dans sa pratique et, à terme, de se définir solidement dans leur légitimité d’auteurs.

Et pour finir, une question piège : selon toi, tout le monde peut il devenir écrivain ?

AV : Pffff, je paraphraserai Anton Ego à la fin de ratatouille: “Tout le monde ne peut pas devenir écrivain mais un écrivain peut naître n’importe où !” 🙂 Tout dépend de ce qu’on appelle un écrivain…
Tout le monde a la capacité de le devenir mais de là à dire que tout le monde peut le faire, il y a un monde. Être écrivain pour moi c’est aborder son écriture avec professionnalisme : maîtriser les techniques de la narration, son rythme d’écriture, connaître ses blocages récurrents et savoir y réagir, être à l’ecoute de son lectorat, publier et communiquer autour de ses écrits…
Tout le monde peut apprendre toutes ces choses-là mais elles demandent des efforts, du courage, de la persévérance et une sacrée capacité à encaisser les coups. Et ces efforts, je crois qu’assez peu de gens veulent les fournir.

La formation de l’Académie d’Anaël Verdier dure 2 ans. Chaque promotion est ouverte à 4 aspirants auteurs sélectionnés sur dossier et via entretien de motivation. Pour plus d’infos,  cliquez ici

article publié le 18 Mai 2015

Pour en savoir plus , consultez les vidéos d’Anaël Verdier  sur sa chaine Youtube, dont une vous apprendra à écrire un polar 😉 et  sur le site Ecrire.tv .
A noter aussi  le manuel Comment Ecrire un Roman facilement maintes fois salué par ses lecteurs.

Commentaires 1

  1. Bonjour,
    Je fais partie des sept heureux présents. Merci à Laure d’avoir partagé son expérience.
    Je suis d’accord bien sûr, avec Anaël, à une exception près, j’ai adoré écrire mon guide pratique !
    Oui tout le monde peut devenir auteur (écrivain, c’est autre chose pour moi), s’il s’en donne le temps et l’énergie, les contraintes et les exigences.
    Parler d’apprentissage de l’écriture est encore iconoclaste. On est toujours dans la version, muse et don du ciel. Vous avez vu des ébénistes réussir leur meuble du premier coup ? Il en existe, mais la créativité a plusieurs chemins, du besogneux au génie.
    Intégrer les savoirs sur la construction d’une intrigue, la caractérisation des personnages, le développement des conflits et des actions permet de trouver le sens de son écriture. Les apports théoriques ont considérablement enrichi ma pratique de l’écriture. Certes, ils ne vous donnent pas le style, celui-là vous appartient, mais ils vous font gagner beaucoup de temps !
    L’Académie m’a aussi permis de réfléchir à mon identité d’auteur, pourquoi vouloir écrire du polar, quelles thématiques ai-je envie de décliner, quelles valeurs sous-tendent mon travail…
    Un autre bénéfice de l’Académie est d’avoir découvert l’indispensable travail de réécriture à partir des remarques du groupe. Le chemin n’a pas toujours été facile, il s’agit d’accepter d’être parfois un peu secoué ! C’est se remettre en question. Par exemple, abandonner un personnage que tout le monde trouve inutile (vous aussi en toute lucidité) alors que vous, vous l’adorez et tenez absolument à le garder ! (Il n’est pas perdu, il se recycle dans un autre texte !).
    C’est aussi accepter de dire ce que vous pensez des textes des autres. C’est un autre apprentissage, dire vraiment les choses en essayant de ne pas blesser. Ce travail de groupe pointe de suite vos faiblesses que vous réitérez de texte en texte, avant de prendre la mesure du changement souhaitable, et soudain améliorer votre écrit !
    Mais il y faut beaucoup de patience, d’humilité, de bienveillance et une énorme confiance. Cela se construit dans l’expérience.
    La suite de l’Académie sera sans doute la création d’un cercle d’auteurs pour continuer ce travail. Ce que j’ai appris, c’est que si l’écriture est une aventure personnelle, elle peut devenir une navigation plurielle.

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