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mais elle avait aussi ouvert les vannes d’une force si impressionnante, que Denis en avait parfois peur. C’est pour cela qu’il avait créé les règles du jeu. Des garde-fous à son désir toujours plus avide. Or, l’une des règles qu’il s’était imposée consistait à ne jamais succomber à ses ardeurs au moment où elles se manifestaient. Les battements du sang dans les veines de son cou, les bouffées de chaleur, les spasmes, étaient autant de signes avant-coureurs de la vague émotionnelle, aussi familière que redoutée, qui allait le submerger. Afin d’être certain de ne pas céder, Denis avait conclu un pacte avec celui avec qui il partageait désormais son enveloppe corporelle. Pour le faire taire, il organisait son quotidien en anticipant son appétit, en faisant en sorte qu’il soit toujours rassasié. Les rendez-vous de l’aéroport faisaient partie de cette stratégie. Ils constituaient de parfaits coupe-faim, à la seule condition qu’il reste maître de la situation et ne laisse pas l’autre prendre le dessus.
Denis serra les poings. Cacher son trouble relevait à présent du tour de force tant son corps se trouvait agité de soubresauts. Il était sur le point de flancher lorsque quelqu’un le bouscula : « Alors ! Vous le prenez ou non cet ascenseur ? Parce que si c’est non, vous déguerpissez de là ! ». La remarque venait d’un type chauve, ventripotent, plaqué derrière un caddie chargé à ras bord. Denis ne répondit pas. Pris d’un vertige, il s’appuya au chariot de son interlocuteur qui continuait de vitupérer contre les gens sans gêne, et ferma les yeux un instant. C’est alors que les doubles portes de

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