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virtuadreamer

Son bac en poche, il a emporté avec lui tout ce que contenait son livret jeune pour partir faire le tour d’Europe en train. Pendant plus d’un an, il a voyagé au gré de ses envies, suivant davantage le fil de ses rencontres, qu’un plan précis. C’est en côtoyant l’illettrisme des populations croisées sur sa route qu’il vit peu à peu émerger sa vocation. Il serait professeur de lettres. « Avant cette expérience, je ne réalisais pas à quel point l’apprentissage de la lecture était un luxe. A mon retour, je n’avais plus qu’une obsession : transmettre ce précieux savoir. » Il avait écrit cela à Linette avant de poursuivre sur une note plus intime « Mais, encore aujourd’hui, j’ai à supporter le regard dédaigneux de mon père. Fonctionnaire, bon à rien, planqué, fainéant, voilà les qualificatifs auxquels j’ai droit. Je désespère qu’il ait un jour ne serait-ce qu’un regard objectif sur ce que j’accomplis en tant qu’adulte. »
« Je comprends… » avait-elle répondu en appuyant ses mots de points de suspension qui en disaient long sur son état d’esprit. Cette angoisse, révélée au bon moment, avait donné à Matthieu l’humanité qui lui manquait pour que la confiance s’installe entre eux. Il avait su lui offrir la dose de compréhension, de féminité presque, qui transforme les hommes en confidents et rend les femmes si vulnérables.
Bref, je ne suis peut-être pas encore indispensable à l’équilibre de Linette, mais je crois pouvoir affirmer que je suis sur la bonne voie. Et pour être certain d’y parvenir, je peaufine mon personnage en

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