Séance 1

Le silence en présence d’un étranger oppresse. Être dans le devoir, l’obligation de parler, crée un tsunami mental. Les mots émergent, rigides, incapables de se déplacer de mon aire de Broca jusqu’à mon cortex moteur et me plombent la gorge. Ils s’entassent comme des cartes distribuées dont on ne connaît pas encore la valeur de jeu.

Hervé Mangin attend,pensif, les joues légèrement flasques, l’œil humide. Du type chien qui dort sous le porche du maître plutôt que dans sa chambre à coucher, été comme hiver. Pas heureux, pas malheureux.

Il patiente, col ouvert, chemise déboutonnée dont le tissu, aux motifs sombres et tortueux, me préoccupe de façon alarmante. Rayures ? Losanges ? Diagonales ou géométries variables ? Noir sur marron glacé ? Gris sur caca d’oie ou chocolat sur bleu-marine ? Je ne peux trancher.

Nous nous tenons face à face. Lui, enfoncé dans son fauteuil ; moi, tripotant le passant de l’accoudoir dépiauté par la nervosité du patient qui s’y assoit toutes les 30 minutes.

Il espère, passe ses mains derrière la tête. De larges auréoles sous ses aisselles révèlent des méandres moirés semblables au plumage d’un paon mâle. Ses boucles collées dégoulinent le long de ses oreilles attentives. J’ai envie de hurler. L’indéfinissable des motifs du tissu, la blancheur des murs de la pièce surchauffée… Je me retiens.

Sur la table basse qui nous sépare, je remarque un téléphone d’avant l’ère mains libres et une boîte de mouchoirs. Dire quelque chose, n’importe quoi, faire bifurquer les bras de chemise, les aisselles, le cri…

—Je suis partie, je n’en pouvais plus des scènes de jalousie, des portes fermées.

Et je raconte. Tous les détails. Que je me retrouve seule à Paris sans savoir ni comment ni pourquoi et je conclus :

—Je me sentais au bord de la dépression.

Toute ma jeunesse dans les mains de vieux spécialistes aux narines et aux oreilles velues ! Un peu écoeurant parfois, mais rassurant : le corps médical était vieux et savant, mon corps jeune et ignorant. Aujourd’hui, le corps médical était né dans la même décennie que moi, ou pire encore, dans la suivante. Bientôt, les psy aussi.

— Il en a usé combien avant vous ?
— Usé ?

Je suis bouche bée par la justesse de la question. Il faut empêcher l’anarchie, l’hystérie. J’ai été instrumentalisée. Il montre les dents, un sourire peut-être.
Combien, oui, combien ? Je n’étais donc pas la seule ?
Machinalement, je lis les inscriptions sur la boîte de mouchoirs, prends la tangente et zigzague des bras de chemise aux bras d’autoroute, vers la Normandie…

— Je conduisais la Mini, nous étions avec des amis. On parlait, on riait. L’accélérateur s’est bloqué. J’ai levé le pied plusieurs fois, mais l’aiguille du compteur continuait de grimper, 140 km/h, je n’ai rien dit. Les mains sur le volant, j’ai prétendu que tout allait bien, mais au fond de moi, j’étais tétanisée avec un goût acide dans la bouche. Il y avait peu de circulation, heureusement. Les amis continuaient de bavarder. 150. La carlingue commençait à trembler. 155. Alors, j’ai appuyé sur le champignon, l’ai tapoté de la semelle. Tap, tap, tap. Par magie l’accélérateur s’est débloqué. J’ai respiré et désaccéléré.
J’avais perdu le contrôle.
Il me fixe très calme, la tête penchant un peu, à gauche cette fois.
— Vous vous rendez compte de l’analogie que vous faites ?
— Oui.

Parfois, j’aimerais que l’on me recâble entièrement le cerveau, nerf par nerf, sillon par sillon. On se fait bien refaire le nez, les seins, les fesses…

Il me regarde penser, puis il dit :

—D’un point de vue technique, il suffisait de mettre au point mort, perdre de la vitesse et ensuite commencer à freiner.

Je me sens très loin dupoint mort. Hervé Mangin prend son calepin. Je ne sais plus où j’en suis, ni ce que j’ai dit, mais des larmes coulent sur mes joues.

J’aperçois la boîte, ou bien est-ce ma main qui la première en tire deux mouchoirs ? Coup sur coup. Éponger les yeux, vider le nez. Effacer les traces d’une émotion que l’on n’aime pas. On préfère rire. Seule, pas forcément, mais en société on préfère toujours rire. Deux personnes, c’est déjà une société.

Nous prenons rendez-vous pour la semaine prochaine. Hervé Mangin est un des derniers psychanalystes analysés par Jacques Lacan en personne. Lacan est mort en 1981.

Je sors de son cabinet aussi déphasée que si je sortais d’une salle obscure. Seulement à cette séance, j’étais dans le film. Je n’en reviens pas d’avoir deux jambes, de monter les trottoirs et de traverser les passages piétons. La lumière du jour semble encore plus éclatante qu’à travers l’immense baie vitrée du cabinet d’Hervé Mangin. Affaire d’exposition, sans doute. J’ai l’impression accrue de sortir d’un rêve dont je ne parviens pas à me remémorer les détails qui comptent.

Ça devient une habitude. Je me présente à la secrétaire, patiente dans la salle d’attente beige aux chaises vert amande.

Quinze minutes que j’attends, cheveux mouillés parce qu’il pleut et que j’ai oublié mon parapluie. Hervé Mangin arrive, décontracté,parfaitement sec. Il me fait entrer. Stratégie lacanienne ou pure coïncidence ? À New York, les psy sont à cheval sur leshoraires et les tarifs. Je pose mon sac, m’assois tandis qu’il se love dans le cuir du fauteuil. Pas de boîte de mouchoirs sur la table basse, ni sur son bureau. C’est dingue. Le regard flottant, il s’excuse, ignore complètement l’absence de la boîte sur la
table.
Les embouteillages et la difficulté de trouver une place deparking dans le quartier deviennent critiques. Il songe à venir en RER.

— Vous vivez loin de Paris ?
— Dans la banlieue sud.

Cette boîte manquante est une faute professionnelle. J’ai l’impression désagréable qu’il me teste. Nous errons dans les embouteillages du nord parisien.

Ce qui blesse le plus dans une séparation c’est de ne pas avoir réussi à être aimé inconditionnellement. On éprouve un sentiment d’échec, même si on sait que l’on a pris la bonne décision… Je vois sa tête de Saint Bernard et je retiens mes larmes. Je n’ose plus m’apitoyer sur mon sort. Il écoute, dresse une oreille. Le poncho que ta sœur… ton poncho que ta sœur avait prêté à sa copine.

—Un poncho tout neuf, que je n’avais pas encore porté une seule fois. Enfin, si, je l’avaisessayé devant le
miroir. Il m’allait bien…

Mais ta sœur pensait qu’il allait encore mieux à sa copine et elle lui avait prêté. C’est à cette occasion que tu aurais dû te rendre compte que ta sœur était lesbienne et qu’elle allait te faire chier avec ça toute sa vie. Mais à seize ans, ce genre de conclusions t’échappait. Il est préférable de m’énerver, quand je m’énerve, je ne pleure pas. Je peux envisager de tenir la demi-heure sur ce mode.
Lui, il se gratte la cuisse et dit :

—Un poncho ?

Puis son regard s’affaisse, retombe sur la moquette taupe.

—Oui, un poncho en laine de lama que mes parents avaient rapporté du Pérou.

Ne pense pas à tes parents. Tes parents, façon de parler. Toujours en voyage, jamais là pour toi, toujours au bout du monde où tout paraissait extraordinaire, du moins, rien de comparable à toi ou ta sœur. Là-bas, la pêche à la mouche, le Machu Picchu, les Guarani à poil dans des hamacs, les noix de coco fraîches et le ukulélé…

—Vous l’écrivez comment ?

Il se croit à un concours d’épellation ou quoi ? Poncho, ukulélé swinguaient bien à l’oreille, même si je ne comprenais pas ce monde de diapositives qu’ils projetaient sur le mur de notre salon.

— Ukulélé ?
— Non, poncho.

Je respire.

— P.O.N.C.H.O
Il prend un air satisfait.

— C’est important l’orthographe chez Lacan ?

Nous rions. Je sais reconnaître un red herring d’un hareng ordinaire. Le red herring en analyse c’est le nez au milieu de la figure, bref la fausse piste.

Hervé Mangin me confie qu’il refuse de travailler avec des patients étrangers dont le niveau de français est insuffisant, car la psychanalyse lacanienne, dit-il, est basée sur le langage. Si je n’étais pas bilingue, je pourrais me rabattre sur un psychanalyste américain, mais j’imagine qu’un Africain trouvera difficilement à Paris un Lacanien qui parle le Swahili ou le Bantu.

— Bon, je crois que l’on va en rester là pour aujourd’hui.
Les séances lacaniennes n’excèdent pas 25 minutes. Il se lève, me raccompagne à la porte. Les Guarani me restent sur l’estomac. Pourtant, ils n’y sont pour rien, ils ne savent pas que j’existe et ils ne le sauront jamais.

—La semaine prochaine, je suis en vacances. Appelez pour prendre rendez-vous.

Je lui serre la main, m’enfuis avec le poncho perdu sans poser un regard sur le patient dans la salle d’attente. Ça me déplaît qu’il ait d’autres patients que moi. J’ai du mal à m’avouer ce que je ressens. Une sorte de jalousie, un peu comme s’il me trompait.

J’ai tenu vingt-cinq minutes sans mouchoir. Mais sur le grand boulevard, le mot Guarani, si flasque dans ma bouche, me fait monter les larmes aux yeux. Tous les jours, une langue disparaît… Et moi, bientôt cinquante ans, en proie à la peur de disparaître à mon tour… Poncho, chopon, cophon, ponoch, pochon, je m’accroche aux mots, à la parole, à l’élaboration de phrases qui font sens.

Les vacances d’Hervé Mangin se déroulent pour moi dans une complète insignifiance. Ni rêves, ni événements. Des tweets, quelques états d’âmes même pas « Likés » sur Facebook, une demande de connexion sur Linkedin, un coup de fil sur ma ligne fixe, 50 courriels dont 32 spams, 12 newsletters et un déjeuner.

Assise, genoux croisés, je caresse le cuir du passant laminé par l’anxiété des patients (des droitiers en majorité, l’accoudoir gauche est pratiquementindemne) et constate qu’il n’a pas remplacé la boîte de mouchoirs vide. Je ne peux plus faire semblant de ne pas avoir remarqué cette absence. Chez ma psy à New York, il y en avait toujours. On peut compter sur les freudiens pour les Kleenex.

— Vous ne mettez plus de mouchoirs ? Je veux dire…
C’est un oubli ou vous n’y croyez… Vous…

Il me fixe avec le regard du raton laveur paralysé par les faisceaux lumineux d’un véhicule au cœur de la nuit.

—La secrétaire de mon collègue, qui s’occupe des fournitures, est partie en congé maternité.

Ça me coupe la chique. Je ne sais plus de quoi je devais, je voulais, j’allais parler. J’ai envie de partir, mais je reste. Il attend calme, résigné. Au fond, je l’aime bien. Il n’est pas autoritaire. Il me fait penser à mon père. Très laisser-faire. Bon enfant. Pas très bien coiffé. Peut-être que sa femme achète ses chemises. Non. Je ne le vois pas avec une femme… Il a sûrement des enfants, ou une femme prof. Il a pris ses congés aux mêmes dates que les vacances scolaires.

— Vous avez des enfants ?
— Oui, un.

Pour le sexe de l’enfant et sa femme, je me renseignerai lors d’une prochaine séance. Je ne suis pas sûre que d’en savoir plus sur sa vie fasse avancer ma psychanalyse.

— À la semaine prochaine.
— Oui. Bonne semaine.
— Vous aussi. Nous nous serrons la main.

De retour chez moi, je tape « Jacques Lacan » dans la fenêtre de recherche de Google. Des vidéos du maître apparaissent. Col roulé blanc, veste sombre, pantalon large. Lacan, non plus, ne paraît pas très autoritaire, je sens une souplesse d’esprit dans ses gestes, pourtant il a imposé sa vision de la psychanalyse. Hervé Mangin m’a dit qu’il avait inventé la psychanalyse française, avant lui la psychanalyse se théorisait en anglais et surtout sous l’influence américaine. Depuis 1945, les États-Unis exportent tout en Europe : les cigarettes blondes, les chewing-gums, le coca, les films, la psychanalyse, les séries TV et maintenant les livres électroniques. Lacan a libéré la psychanalyse de l’hégémonie des vainqueurs de la deuxième guerre mondiale. Lacan a libéré la psychanalyse en France par le langage : le français. Fallait y penser.

Toujours pas de boîte de Kleenex. Il s’en contrefout des mouchoirs. La secrétaire n’a pas accouché. Elle est chez elle au chaudà préparer la chambre, commander les meubles, la poussette, que sais-je ? Et moi, je m’assois sur les Kleenex. J’ai oublié les miens. J’en avais acheté un lot de 10 au Monoprix, car on ne vend pas les mouchoirs en paquet individuel dans ce pays, pas même en pharmacie. Changer de sujet. Poser une question, voilà !

Il m’explique qu’il faut manœuvrer avec les secrétaires pour obtenir quoi que ce soit. Elles sont toujours revêches. Et il ne parle pas de dîner ou coucher avec elle. Il parle de petites tâches comme transmettre ses messages, prévenir du retard d’un patient. Des trucs pour lesquels elles sont payées. Je me demande si c’est normal qu’il me confie ses petites misères professionnelles. D’un côté, je me demande si son bavardage est approprié, je viens chez lui pour parler de moi, pas pour l’écouter. De l’autre, je trouve que ça le rend plus humain, plus réel. Et pendant que je l’écoute, je ne risque pas de pleurer.

Je sors de cette séance en m’interrogeant sérieusement sur sa finalité.
Génial. Aujourd’hui, il y a une boîte de mouchoirs sur la table basse. Je vais pouvoir me laisser aller…

— Vous vous souvenez de cette amie, Isabelle ? Elle ne me parle toujours pas.
— Ça vous travaille cette histoire.
— Ça me fait de la peine. Je n’ai pas beaucoup d’amies ici.
— Qu’est-ce qui vous fait de la peine ?
— L’abandon. Je ne lui ai rien fait, j’ai juste refusé de faire ce qu’elle voulait. Au fond on ne connaît la vraie nature des gens qu’en leur disant non.
Il dodeline de la tête. Le vide, le vide que l’on éprouve et que l’on ne peut plus combler, ni avec des mots, des copeaux, des journaux froissés, ni même avec des gravats… Le vide.
— Difficile de communiquer avec les gens qui ne le veulent pas et préfèrent faire la gueule.
— Elle s’est éjectée toute seule.

Une larme roule sur ma joue doucement. L’abandon est une émotion très douloureuse. Je tire sur un mouchoir, succombe au néant… Stupeur. J’ai pris le dernier.
J’aperçois le fond de la boîte. Gris. Vide. Je suis prise d’un vertige. Je m’essuie le coinde l’œil.

— Je n’ai pas envie de me suicider, mais j’y pense souvent. Plutôt comme une option, une sorte de choix : Thé ou café ? Rouge ou blanc ? Viande ou légumes ? Fromage ou dessert ?

Il faut cesser de m’apitoyer, ne pas laisser le vide m’emporter. Éponger, moucher, torcher et grandir illico. Les yeux de mon psy virent à 180 degrés.
— Là, pourquoi vous pleurez ?
— Moi ?
Je ris de ce moi. Enfant, je ne pleurais pas. Mais ici, dans ce cabinet confortable, avec cette boîte de mouchoirs (que je croyais pleine) et lui si compréhensif, si gentil. Il ne me critique jamais, n’élève jamais la voix. Juste un mot, parfois une phrase entière puis il retombe dans son silence et observe par quel bout je la saisis et dans quelle direction elle m’emmène. Parfois, illance une blague. Je ris toujours. J’apprécie son sens de l’humour.
Je pleure parce que j’ai un mouchoir, parce que c’est facile de pleurer dans un fauteuil avec des mouchoirs à portée de main. Enfant, je me faisais engueuler debout. On ne peut pas pleurer debout.

— On va s’arrêter là pour aujourd’hui.

Il ne prend pas son agenda et se penche en avant au-dessus de la table basse, me fixe.

— Je cherche à louer un appartement à New York. Vous pouvez me conseiller quelque chose ?
— AirBnB. C’est un site de propriétaires qui louent leurs appartements.
— Je fête les vingt ans de mon fils.

Quel bon papa ! Ça m’attendrit. Je suis née à New York City, mais loin de mon père. J’ai soudain l’envie irrésistible d’appeler tous mes amis, de me décarcasser pour lui trouver un bon plan, un hébergement même. Son fils a une de ces chances. Je parie qu’il ne s’en rend pas compte.

J’aime mon psy. Il est tellement humain. C’est un « mensch » non juif, mais un « mensch » quand même.

— Il me faut deux chambres. Mon fils vient avec sa petite amie.

Deux chambres ? Il me prend pour Paris Hilton ? N’oublie pas qu’il est payé. Il m’arrive de penser qu’il n’en fait pas assez, qu’il n’est peut-être pas assez intelligent, pas assez comment dire, pas assez brillant, c’est ça, pas assez de fulgurance, de génie… Mais c’est uniquement quand je doute de l’efficacité de la psychanalyse lacanienne. Je jette le dernier mouchoir dans la poubelle du boulevard, une boule de papier humide.

Étendue sur mon lit, j’écume Youtube et trouve un document en noir et blanc. Lacan porte une lavallière assortie à une chemise aux motifs géométriques rappelant les motifs des poteries amérindiennes et ceux des chemises de mon psy. Le tout est assez féminin, un brin dandy. Langage, géométrie variable, tissu soyeux… Il s’adresse à une salle pleine d’étudiants et affirme « La mort est du domaine de la foi. Vous avez bien raison de croire que vous allez mourir… » Il emprunte un ton de prêcheur d’Alabama, mais avec plus de finesse, de subtilité, invitant son auditoire à se tenir au-dessus de la croyance aveugle. « Ça vous soutient ».

Les silences de Lacan sont édifiants, il fait résonner longtemps le sens de chacune de ses demi-phrases. « Si vous n’y croyiez pas, est-ce que vous pourriez supporter la vie que vous avez, si elle n’était pas solidement appuyée sur cette certitude que ça finira ? »

Ses silences sont aussi chargés que ses phrases et semblent véhiculer des mots. « Est-ce que vous pourriez supporter cette histoire ? » D’après Hervé Mangin, Lacan perd souvent le fil de ses pensées.

Aujourd’hui, il est à l’heure et semble plus distrait que jamais. Je remarque sa chemise unie. Il prend le RER depuis une semaine. Nous nous asseyons. Je me sens comme à la fin d’une conversation avec un ami qu’on n’a pas vu depuis quinze ans. Une fois écumé la famille, les amis ou les connaissances en commun, les films et les expositions du moment… Pas de mouchoirs. Pas de boîte. La secrétaire a accouché, mais elle n’est toujours pas réapparue au cabinet. Heureusement, j’ai un paquet de mouchoirs dans mon sac. Je suis prête.