Quatre Sans Quatre : Le blog qui fait frissonner vos yeux et vos oreilles

Du Polar, des mots choisis et du bon son … Forcément, il était difficile pour nous de résister à l’envie de vous faire partager, autrement que via des retweet, le contenu de l’excellent blog polar Quatre Sans Quatre.

Quatre Sans Quatre c’est d’abord un blog littéraire qui décortique avec originalité le genre polar/thriller sous toutes ses formes (Roman ou BD ) Pour chaque bouquin, une illustration, un pitch, un extrait, une bio et, bien sûr, un avis détaillé, livré dans un style aussi brut que soigné. Et puis, pour finir de vous mettre dans l’ambiance, chaque chronique se termine par une BO du livre, sélectionnée avec soin en fonction de l’univers ou des titres évoqués dans le bouquin.

D’ailleurs Quatre Sans Quatre ce n’est pas qu’un blog, c’est aussi une émission radio , « Des polars et des notes » qui vous donne rendez-vous en ligne tous les mois pour vous présenter des polars, des romans noirs, des ITW d’auteurs, le tout ponctué de playlists.

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« Voilà du thriller noir profond ! Du qui tache grave les yeux ! »

Quand on lit une critique littéraire qui démarre par ce genre d’envolée, et ben nous, on a forcément envie de lire la suite et de rencontrer le passionné qui se cache derrière ce blog pour lui poser quelques questions…

Bonjour Patrick, Combien de bouquins lisez vous par an pour Quatre sans Quatre?

Patrick Cargnelutti : En moyenne, je dois lire environ cent, cent vingt romans par an, la moyenne mensuelle chute ou augmente parfois en fonction de l’épaisseur des livres ou du temps dont je dispose. Mais je ne lis pas « pour » Quatre Sans Quatre, je lisais avant et  je lirai  après le webzine. La seule différence, c’est que, maintenant, j’en fais un article si j’en éprouve l’envie.

Pourquoi uniquement du noir ?

PC : C’est une légende urbaine ça, il n’y a pas que du noir sur Quatre Sans Quatre 😉 Il y a des romans plus historiques comme La Bombe, Requiem pour une révolution, Battista revenait au printemps, Antonia, la liste n’est pas exhaustive. Ils ont tous en commun de proposer une vision politique, une analyse pertinente d’une période de l’histoire du monde, de notre histoire donc mais ils ne sont pas à classer dans les romans noirs. De même pour Un homme de peu, Le dernier concert de Jimi Hendrix ou Vongozero, ce sont des livres remarquables, à l’écriture superbe que j’ai eu un énorme plaisir à découvrir. Je vous invite à faire de même d’ailleurs…

D’accord avec vous cependant que le noir y est largement majoritaire, avec un score électoral de dictature même…La palette des noirs est particulièrement large et c’est indubitablement ma culture, ce qui sied le mieux au rock ou au jazz. Que ce soit pour me distraire, avec une bonne enquête bien classique, ou réfléchir et appréhender le labyrinthe incroyable des nouvelles formes de corruption, de détournement des démocraties ou les aspects obscurs de l’homme, j’y trouve toujours  de quoi assouvir mes envies de lecture. Jamais loin de la poésie, les deux pieds dans l’époque et la réalité, le polar est un espace de liberté, une fantastique machine à dire une réalité féroce de la misère, de la déréliction sociale, d’exploitation et de cynisme noyée dans la masse inouïe d’informations qui nous parviennent quotidiennement. Un temps de pause et de réflexion salutaire.

Parfois les différences sont bien artificielles entre les genres. Les classifications entre littérature noire et blanche tiennent de moins en moins à mon avis. Le noir a beaucoup évolué, s’il est toujours possible d’y trouver ce que l’on appelait dédaigneusement des « romans de gare », on y trouve désormais des œuvres fortes et artistiquement bien supérieures à certaines productions estampillées nobles. Toutes les facettes de notre société y sont décryptées, l’écologie, la prégnance de la finance, les sales coups des services de renseignements, les magouilles politiques, l’intolérance, la guerre et j’en passe. Le noir est une lecture intelligente qui nourrit son lecteur, lui permet d’appréhender sa citoyenneté en le restituant dans le monde.

Et la notion d’équipe est fondamentale dans les polars, un héros ne triomphe jamais seul, il a toujours besoin de comparses. Notre époque de l’individualité reine a beaucoup à apprendre de cette obligation de collaboration, d’addition des talents pour résoudre un problème. L’idéologie dominante a voulu tuer la lutte des classes, les groupes, les associations, c’est totalement artificiel, il est temps de remettre la solidarité et la conscience d’appartenance à un groupe aux intérêts communs en avant.

Comment sélectionnez vous les romans ou BD qui paraissent sur le site ? Y a t-il beaucoup d’auteurs indépendants ?

PC : Je ne choisis pas des livres pour Quatre Sans Quatre, je lis ce qui me tente et, ensuite, je décide si j’ai envie de partager cette lecture avec les visiteurs du site, en fonction de l’intérêt littéraire du roman, du talent de l’auteur, de l’originalité ou du côté sympa et léger, peu importe, il me faut un déclencheur. Je n’ai aucune contrainte commerciale, pas de pub, pas de partenariat autre qu’avec des sites amis, je suis donc entièrement libre de mes choix. C’est, à mon avis, essentiel pour être crédible. Mes chroniques sont donc entièrement personnelles et complètement subjectives 😉

Pour les BD, je n’en lis pas, je n’en ai vraiment pas le temps. Je me suis arrêté il y a bien longtemps avec des gens comme Gotlib, Mandrika, Reiser ou Cabu. Par chance, de temps en temps, des chroniqueurs de talent, comme mes amies de Et Baam, un excellent webzine de Marseille, DanceFlore (qui chronique également des livres) ou Matteo, le webmaster du site, me proposent un article très intéressant que je suis ravi de publier. Encore un bel exemple que la solution ne peut être individuelle 😉

Vous pouvez trouver quelques auteurs indépendants dans le webzine mais ils sont rares. Plusieurs raisons à cela, la première étant qu’il y en a des centaines et qu’il est extrêmement chronophage de faire un tri. Impossible de trouver le temps de chercher la pépite ayant échappé aux maisons d’édition qui, elles, bénéficient d’un comité de lecture. Et la deuxième est que je ne me résous pas à lire en numérique, impossible, je ne parviens pas à entrer dans l’histoire, il me manque quelque chose. Ce n’est pas un jugement de valeur sur cette nouvelle technologie qui présente de nombreux avantages, juste un blocage très personnel.

Avez vous la même approche pour votre émission radio ?

PC : L’émission est venue quelques mois  après l’ouverture du site. J’avais déjà vaguement l’idée que la radio était le média idéal pour parler de la musique des livres, faire intervenir des auteurs et des éditeurs et passer un bon moment et j’en avais vaguement discuté avec Pierre-Yves, un ami qui travaille à Radio Évasion. Il m’a rappelé quelques mois plus tard et m’a invité à venir enregistrer un pilote. Il y a tout juste un an d’ailleurs, c’est l’anniversaire ! Nicolas Mathieu a eu la gentillesse d’essuyer les plâtres comme auteur interviewé pour son superbe thriller Aux Animaux La Guerre. Depuis, j’apprends à chaque épisode, il y a encore pas mal de domaines où progresser…

Le concept est le même que pour le webzine, je parle de livres qui ont été chroniqués sur Quatre Sans Quatre d’où je peux extraire un titre diffusable en radio, donc des morceaux pas trop longs. Deux auteurs et un éditeur sont invités pour découvrir les coulisses du livre en même temps que je passe de la bonne musique qui couvre souvent un large spectre de styles et l’heure passe très vite…

Il y a également des « spéciales » dans lesquelles je traite un sujet particulier, comme le soixante-dixième anniversaire de La Série Noire, les guerres dans le roman noir ou les métiers du livre. Que du plaisir en fait, et l’équipe de Radio Évasion est pour beaucoup dans le succès de l’émission, toujours ouverte à de nouvelles idées un peu dingues, et compétente (Vous la pétez pas trop quand même!), de même que les auteurs et éditeurs qui m’étonnent toujours par leur disponibilité et leur gentillesse.

La musique a beaucoup de place dans votre blog, pensez-vous qu’elle est un support indispensable à la mise en avant d’un roman ?

PC : Non, pas vraiment. Ce n’est pas un critère du tout. Un livre, c’est avant tout la force évocatrice d’un écrivain, son talent et son travail sur la langue et les mots. S’il a besoin de s’appuyer sur de la musique, c’est bien, s’il peut s’en passer, aucun problème du moment qu’il m’embarque dans son univers.

Il y a de mauvais romans avec de la très bonne musique et l’inverse est aussi vrai. Ce qui est nouveau, c’est la façon dont les auteurs ont intégré la musique dans leur univers. Il y a encore peu, le roman noir était lié pratiquement uniquement au jazz, héritage des auteurs américains, des caves de Saint-Germain-des-Prés et des nuits propices aux crimes et trafics. Le son a envahi la société, les nouvelles technologies permettent d’écouter ses musiciens favoris partout, tout le temps. Il est naturel que les écrivains intègrent  ce phénomène dans leurs histoires.

Encore une fois, le polar a les deux pieds dans son époque, il ne peut être éthéré au risque d’être inefficace et de perdre son âme. Et, comme le disait Céline, « la musique est le seul art à s’attaquer directement aux nerfs », elle crée une ambiance à elle seule bien plus fortement qu’une image.

Et il y a de bons romans sans musique du tout. Quand il y en a, les titres cités doivent surtout être raccords avec les circonstances, être un plus, sans tomber dans le cliché qui faisait, par exemple, évoquer systématiquement un groupe de metal chaque fois que l’auteur voulait décrire des méchants. Comme pour le reste, c’est une question de finesse et de talent.

Allez pour finir un petit conseil de lecture bien noire, en exclu, rien que pour nos serial-lecteurs ?

PC : Comme vous avez eu la gentillesse de m’inviter, je vais vous en donner trois pour le prix d’un 😉 Et vraiment du scoop parce qu’ils ne sont pas encore parus, trois styles différents, trois univers qui m’ont scotché.

Par ordre de publication, « Le Français » de Julien Suaudeau, qui sort le 20 août chez Robert Laffont, dans la veine de Dawa, son premier roman. Cette fois, c’est la dérive d’un jeune Normand mort d’ennui et vide de perspective qui arrivera en Syrie, terrible et tragiquement réaliste. « Les Fugueurs de Glasgow » de Peter May, émouvant, nostalgique, magique, prévu le 2 septembre au Rouergue Noir et, enfin, « Les Infâmes » de Jax Miller un premier polar pour cette jeune américaine, lourd et puissant, envoûtant à paraître le 16 septembre chez Ombres Noires.
Merci beaucoup à vous pour cette tribune !

 

Pour retrouvez toutes les articles de Quatre Sans Quatre, dont la chronique du « Journal de L »  de notre serial-auteur  Karine Carville (toujours en vente dans notre Librairie 🙂 et le lien vers l’émission «  Des polars et des notes », suivez le guide www.quatresansquatre.com

article publié le 17Août  2015

 

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